Romain Métivier ou l’imaginaire de l’objet

Tourner. Creuser. Pétrir. Tisser. Suspendre. C’est par une gestuelle forte que les œuvres de Romain Métivier voient le jour. Avec un amour évident de l’outil, qu’il soit basique tel un bâton ou plus récent comme la ponceuse électrique, ce jeune artiste donne forme aux matériaux. Grâce à des techniques issues de l’artisanat, il donne naissance à un répertoire d’objets qui nous parlent d’usages et nous évoquent des actes primitifs ou tout simplement notre quotidien.

Romain Métivier va puiser son inspiration dans les musées ethnographiques, les documentaires archéologiques, mais aussi dans les films et séries de science-fiction. Les matériaux qu’il utilise ensuite pour réaliser ses œuvres, il les tire de l’univers cinématographique. Grâce à du polystyrène ou à des résines acryliques, il éloigne chaque fois un peu plus le spectateur de l’identification de l’objet qu’il lui présente, permettant ainsi l’ouverture d’un récit.

Sans titre (cuivre) – 2012, Sans titre (blanc/noir) – 2013, Sans titre (marron/blanc) – 2014, Sans titre (marron/beige) – 2015 ; au fil des années la liste s’allonge. Romain Métivier dresse l’inventaire des formes qu’il crée. Ses œuvres sont toutes titrées de la même manière comme un clin d’œil aux cartels de ces musées qui tentent de nous renseigner sur le sens d’objets dont ils ignorent tout autant que nous la fonction première. L’artiste ne nous renseigne pas sur ce qu’il nous donne à voir. Chaque objet est défini par ses principales couleurs et sa date de création. Romain Métivier refuse de donner plus d’information au spectateur pour ne pas l’influencer et le laisser libre de créer sa propre histoire.

Métivier Romain, Sans titre (gris ardoise) — 2012, résine acrylique, peinture, 110 x 83 x 8 cm, Romain Métivier

Romain Métivier, Sans titre (gris ardoise) — 2012, résine acrylique, peinture, 110 x 83 x 8 cm

Sans titre (gris ardoise) – 2012 est-elle un morceau d’ardoise ramassé lors d’une déambulation dans la campagne ? Peu probable lorsque l’on sait que Romain Métivier a grandi en banlieue et a rarement quitté la région parisienne. Sans titre (noir/gris) – 2013 est-elle un reste de campement retrouvé par des archéologues ? Encore moins plausible, l’ensemble est daté de 2013. Cependant en imagination tout est possible. Romain Métivier nous invite sans cesse dans des fictions où ce qui importe n’est pas l’objet, mais le fantasme qu’il crée. L’illusion prend le pas sur la réalité et chacun peut se laisser entraîner.

Entrer dans le travail de Romain Métivier c’est être capable à partir d’une ou plusieurs de ses sculptures de s’inventer un monde. Laisser libre cours à son imaginaire le plus enfantin comme on le ferait en lisant un roman de Jules Verne ou en découvrant un film de Spielberg. L’artiste nous offre des commencements d’histoires, à nous spectateurs d’inventer leurs suites.

Vue de la « Biennale de la jeune création », La Graineterie, Houilles ©

Vue de la « Biennale de la jeune création », La Graineterie, Houilles © Romain Métivier

Portrait réalisé par Raphaelle Peria

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Le site web de l’artiste