Bady Dalloul est diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, avec les félicitations du jury. Son travail est empreint d’une forte dimension politique, sociologique et historique. Naviguant entre l’imaginaire et le réel, l’artiste mêle des images et des récits qui se situent aux frontières de l’Histoire individuelle et collective.

Bady Dalloul est le lauréat du prix du public de la 7 e édition du Prix Sciences Po pour l’art contemporain. En récompense son travail fera l’objet d’une exposition personnelle dans notre espace parisien des Barreaux.

L’œuvre Scrapbook, sélectionnée pour l’exposition du dernier Prix Sciences Po , se présente telle une mise en scène : une table sur laquelle est disposée une lampe éclairant un livre. Une sorte de carnet de bord qui réunit dans ses pages : images d’archives, textes manuscrits en différentes langues et origamis. Devant la table, un grand écran projette une vidéo qui reprend des images du livre, en y apportant des détails visuels ainsi que des commentaires en différentes langues. Derrière la table, une chaise invite le spectateur à s’asseoir et à feuilleter le livre.

Bady Dalloul 4L’ouvrage fait référence à l’histoire de Sadako, une jeune fille japonaise née en 1943 à Hiroshima qui, après avoir été irradiée par la bombe atomique, décide de se lancer dans la confection de 1000 origamis, pour retrouver la santé. Elle décédera avant d’avoir achevé son œuvre.

En visite dans un musée au Japon, Bady Dalloul découvre ce récit et se projette dans l’histoire de Sadako. Ému par l’histoire de la jeune fille et effectuant des parallèles avec sa propre histoire, l’artiste se lance le défi de poursuivre l’œuvre de Sadako. Le livre présenté dans l’installation est le résultat d’un entrelacs de faits relatifs à l’histoire de l’artiste, à celle de Sadako, mais aussi à une histoire collective. La multiplicité des langues employées dans  l’ouvrage ainsi que les différentes strates narratives donnent l’impression que le récit est multiple. Cette multiplicité renvoie le sentiment de pouvoir toucher une infinité de personnes, toutes histoires, toutes nationalités confondues.

La mise en scène permet au spectateur de s’asseoir, de rentrer dans le livre et de prendre part à ces différentes histoires. La possibilité de toucher le livre augmente la sensation de posséder un fragment du récit qu’il contient.

Lors de la présentation de son diplôme en novembre 2015, Bady Dalloul avait réuni autour de Scrapbook une série de cartes fictives et autres éléments mêlant documents d’archives et objets fictifs, le tout participant à une mise en scène globale. Dans la posture d’un tout-puissant, il remodèle l’image du monde remettant en question les liens historiques et géopolitiques. Le spectateur est alors confronté à une réinterprétation de l’Histoire globale, mais aussi un peu de son histoire personnelle.

En 2015, il réalise Tonkeru, créant de toute pièce la République de l’île qui porte le même nom. Situation géographique à travers la réalisation d’une image satellite de l’île, réalité économique, politique, historique par le biais d’ouvrages consacrés au pays, jusqu’à la création d’un site Internet consultable en ligne qui promulgue le tourisme local. L’artiste nous propulse dans la réalité d’un pays dans lequel le spectateur ne pourra jamais se rendre. On est alors envahi d’un double sentiment : d’abord celui de la curiosité d’un pays inconnu dans lequel on se projette, qui s’associe au doute de la véracité des éléments. 

Malgré la force, l’actualité, la richesse et l’émotion dans laquelle Scrapbook plonge le spectateur, on regrettera l’absence d’autres pièces de l’artiste qui, pour des contraintes liées au concours, n’ont pas pu être associées à ce travail. Les cartographies fictives présentées lors du diplôme de l’artiste auraient gagné à accompagner l’œuvre Scrapbook en ce qu’elles participent à créer un imaginaire et une atmosphère qui enveloppe le spectateur et renforce la narration contenue dans le livre.

Toutefois, on reste saisis par la manière dont Bady Dalloul réussit à nous toucher et nous troubler en donnant à voir des images qui remettent en question nos réalités et nos perceptions politiques, historiques et personnelles.

Un texte de Léa Renaud

Photos : vues de l’exposition ‘Scrapbook’ (2016), galerie Alexandra de Viveiros, curateur : Sasha Pevak, crédit photos : Andrea Sunderland.’