En prévision et à l’occasion du Printemps de l’Art Contemporain (PAC), la GAD investissait l’espace mutualisé H.L.M. du 17 avril au 16 mai 2015 avec Bloop, une exposition collective de sept artistes émergents européens et coréens.

Installée à Marseille depuis 2010, la GAD est une galerie fondée par Arnaud Deschin, située à deux pas du Palais Longchamp dans le 1er arrondissement. Arnaud l’a ouverte dans son appartement, lieu d’expérimentation où la rencontre prévaut. Elle se transfère au sein d’H.L.M (Hors Les Murs) pour cette exposition, lieu mis à disposition par Marseille Expos (association des lieux d’Art Visuel à Marseille) de façon mutualisée, que plusieurs structures peuvent investir chacune leur tour. Ceci permet à certaines d’entre elles n’ayant pas ou peu d’espace, d’envisager des shows plus conséquents.

Bloop est le nom d’une onde sonore d’une incroyable puissance enregistrée sur un rayon de 5000 km en 1997 dans les profondeurs du Pacifique Sud et par des hydrophones de surveillance de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). L’origine de cette ultra basse fréquence reste inconnue, il enveloppe alors son origine de mystère : est-ce le chant d’une créature des abysses ou le résultat d’un séisme glaciaire?


Les 7 jeunes artistes au travail protéiforme, vont explorer cette idée du phénomène scientifique spectaculaire ou fantastique. Ils vont représenter par la sculpture, la vidéo, l’installation ou le dessin des concepts physiques tels que la tension, l’écrasement, la déformation, l’étirement… et s’attacher à observer les formes et l’environnement pour en extraire la dimension poétique.

Dans un espace à l’architecture si marquée, poutres apparentes, charpente massive, totalement ouvert, sans cimaises, il faut pouvoir se faire une place.

Souvent des murs s’y montent pour cloisonner l’espace, créer un parcours,identifier les auteurs. Ici ce sont les pièces qui créées le parcours, l’accrochage est brut, brutal, l’espace, les pièces, c’est tout.

Sans délimitations, au départ le lien est un peu flou, difficile à cerner. Une constante revient tout de même : celle de l’observation et la matérialisation de phénomènes physiques, je saisis que chaque pièce a sa propre autonomie mais traite un même sujet. Je comprendrai plus tard en entretien avec Vincent Puricelli, commissaire associé de l’exposition, que le lien est aussi interne, et que comme bien souvent, c’est une histoire de rencontres et de connaissances. Aussi certaines des pièces font écho aux autres à cause d’une histoire personnelle, d’une intuition.

Cependant un parcours est induit par les oeuvres de façon physique, littéralement : l’œuvre d’Amandine Artaud « Fulcrum #1 » fait office de charnière, de ligne d’horizon, de lien et impose une circulation. Le travail d’Amandine retient des phénomènes soumis aux immuables lois de la physique. Pour Bloop, elle place en élévation et en tension un tube en inox, de plus de 3 mètres de long, au centre de la pièce. Maintenue par un câble tendu, la pièce en tension génère l’angoisse que le câble rompe à tout moment. Remplissant les 3 / 4 de l’espace, elle est comme un grand trait que l’on aurait tiré sur une image, suivant certains points de vue, elle relie les oeuvres entre elles.

Exposition Bloop_1_la GAD_Marseille

Ainsi se crée un au-dessus, un en-dessous, un trajet d’une pièce à l’autre. Dans la circulation on tombe d’abord nez à nez avec la vidéo de Linda Sanchez « ,11 752 mètres et des poussières… ». On suit l’avancement d’une goutte sur une surface noire, en l’observant de si près, la goutte devient une sorte de monstre qui se nourrit et se forme des éléments présents sur son passage. Linda Sanchez développe des dispositifs d’observation, elle a une écoute sensible des lois physiques, en témoigne cette vidéo qui dégage une poésie par la simple contemplation d’une goutte.

Au sol, à côté, l’oeuvre de David Posth-Kohler « Sirocco ». Enfermés dans un caisson une série de ventilateurs reproduisent une tempête de sable. David Posth-Kohler travaille en rapport à l’environnement qu’il juge comme une source d’inspiration si diversifiée qu’elle en devient intarissable. Son travail est lié à la nature sauvage et au risque.


Confiné dans ce caisson vitré, le sirocco est livré à observation, à la façon d’espèces que l’on cloitre pour pouvoir les examiner.


Exposition Bloop_3_la GAD_Marseille

Exposition Bloop_Amandine Artaud

Faisant face à la pièce d’Amandine, les deux arcs superposés de Vincent Puricelli sont le regard direct de cette pièce. « Energie / énergie » est une oeuvre en tension, une tension qui s’annule, et qui rend l’objet totalement non fonctionnel. Vincent a la volonté de détourner les fonctionnements des objets, et de comprendre comment ces objets deviennent une forme de Hacking en acquérant un nouveau sens. De même, « Fod », un escalier en contreplaqué ne permet d’aboutir à aucune autre salle, mais permet une nouvelle donne à l’accrochage. La possibilité de s’élever et donc de changer de point de vue. Là où la pièce d’Amandine impose un horizon et parasite le champ de vision, Vincent nous permet de ne pas s’y soustraire, en proposant une alternative.

Sur le long de notre parcours, une installation surprenante, celle de Vahan Soghomonian, sorte de navette spatiale et cartographies. « ORG Transital ».

« Seuil transcendantal » et « I still love you since ever » forment une installation en référence à l’ufologie, liée au mythe, au fantastique et à l’esthétique des récits de Lovecraft. L’oeuvre de Vahan expose tout un univers. Elle pourrait être les débris d’une expédition, des fouilles archéologiques futuristes, une épopée fantastique. De la même façon que les artistes pré-cités, Vahan lui aussi a le souci du détail et du détournement, les tirages photographiques des dégradés bleus rappellent la stratosphère, c’est en réalité le bord d’une fenêtre de bus en photographie macro.

Exposition Bloop_4_la GAD_Marseille

Exposition Bloop_Vahan Soghomonian

Passons ensuite à l’oeuvre de Rémi Dal Negro « Acoustique décomplexée 0 ». Sous une plaque de verre, un rectangle de mousse acoustique est compressé. Rémi matérialise la distorsion du son. Attaché à l’étude de l’inaudible, de l’invisible et des flux, Rémi Dal Negro réalise des oeuvres qui donnent une dimension décalée au son, à l’image, aux objets, à l’architecture et aux matériaux industriels.


La proposition de Rémi Dal Negro pour Bloop est une série de quatre pièces qui forment un tout.


Cette distorsion du son se retrouve dans « L’étendoir » : en remplaçant les fils d’un étendoir à linge par des bandes de caoutchouc au bout desquelles il fixe des capteurs de vibrations il créé un instrument qui se laisse jouer au gré des saisons et des intempéries. Il en ressort un enregistrement météorologique sonore non idéalisé, qui pourrait être la version moderne des Quatre Saisons de Vivaldi. Rémi lui aussi, observe et détourne un environnement proche.

Exposition Bloop_3_la GAD_Marseille

Exposition Bloop_Rémi Dal Negro

« Primavera » et « Effigie Antonii Vivaldi » sont les deux pièces additionnelles de cette série, l’une étant le vinyle de cet enregistrement sonore, l’autre une série d’images déformées du portrait de Vivaldi, Rémi impose sur l’image la même distorsion que celle qu’il impose au son.

Enfin les aquarelles de Stella Sujin se posent comme des veilleuses sur l’ensemble de l’espace. « Pathos » et « Organisme Inachevé » deux immenses aquarelles en forme d’astérides et de croix. Stella utilise des symboles inspirés de la médecine. Sa pratique est liée à une recherche spirituelle, ses aquarelles sont pour elle une forme interne de méditation. Placées en hauteur, elles donnent une dimension spirituelle à l’espace d’exposition.

Si à priori « Bloop » est une proposition dissonante, les pièces sont toutes porteuses d’une histoire qu’il faut prendre le temps de comprendre, qu’il faut prendre le temps d’écouter et qui doit être racontée.

Chloé Curci.

Plus d’informations

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