J’ai rencontré Clément Balcon un vendredi 13. Je dois bien avouer que je suis une personne quelque peu superstitieuse, particulièrement les vendredis 13. C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai d’abord pris le métro, marché dans la rue, interphoné chez notre artiste et suis rentrée dans sa demeure.
Après une grande inspiration et un salut cordial, je me rends soudainement compte que je suis entourée de « baisers ». Partout autour de moi, sont accrochés où posés ici et là sur des tables, des affiches représentant des hommes et des femmes sur le point d’échanger un baiser pour le moins passionné, et passionnant. Va t-on me parler d’amour durant cet entretien? Pas exactement. Tout comme le support de ces scènes qui ne sont pas exactement non plus des affiches comme j’ai pu le croire. Mais ça, je vous l’apprendrais plus tard.

L’artiste, lui, embrasse également beaucoup … d’histoires. Des histoires étrangères, des histoires fictives, des histoires réelles …

Pour Clément Balcon, c’est cette emprise pour les histoires qui anime son travail.

Des histoires qui sont décalées pour mieux être réinterprétées, rejouées; des histoires qui sont recoloriées pour mieux se confronter aux véritables couleurs du monde. Toutes, interrogent des notions de temporalité, de rythmique et de narration.

Pour le Salon de Montrouge, Clément Balcon présentera les arrêts sur image d’un moment très précis, celui où deux personnes s’embrassent.
Même si le rythme pourrait paraître imperceptible dans ces séries de baisers, il n’en est pourtant rien. Le tempo est tout simplement ralentit jusqu’à son paroxysme de perceptibilité et de voyeurisme. Combien de millimètres avons- nous gagnés de l’espace restant avant que les lèvres de ces deux personnages ne se touchent? Trop peu me direz-vous, et je ne suis que trop d’accord avec cela. Pourtant, cette synergie, cette latence, cette attente ne procurent telles pas alors, un redoublement d’attention de notre part? Ne sommes-nous pas quelques spectateurs affamés et avides de contemplation physique? Ne sommes-nous pas des impatients sans nom en ce qui concerne l’amour? Ne sommes-nous pas de curieux voyeuristes derrière cette porte en bois, à se délecter du corps nu de cette femme à la lueur d’un bec Auer allumé. « Étant donné » toutes ces réflexions, il est peut-être parfois préférable de prendre son temps. Songez-y la prochaine fois que vous embrasserez quelqu’un.

Clément Balcon y-a-plein-dor

Clément Balcon y-a-plein-dor

Cette attente et cette patience équivalent celle du moyen de production de l’œuvre. Comme j’ai déjà pu le suggérer précédemment, ces images ne sont en aucun cas des affiches issues d’un moyen de reproductibilité mécanique. Si ces images ressemblent techniquement parlant aux publicités que vous croisez parfois dans le métro, ne vous y trompez pas. Ce sont en réalité bel et bien des dessins réalisés aux crayons de couleurs se basant sur le procédé de la quadrichromie. Cette technique d’impression permet d’obtenir une illusion photographique du réelle, et ce, par la superposition de la trame.

La prochaine fois que vous prendrez le métro, regardez de plus près les affiches qui en ornent les murs. Vous verrez une multitude de petits points, très semblables à ceux qui composent les dessins de Clément Balcon.


Mais faites attention à ne pas prendre définitivement l’artiste pour une machine reproductible, car ce dernier ne pourra s’empêcher de vous le rappeler par un « gribouillage » en plein milieu du dessin, chassant alors toute subjectivité mécanique.


Tout comme les humains, les machines perdent parfois également le contrôle.

En définitif, vous le savez déjà… l’amour ça demande du temps et de la patience à se représenter. Parfois c’est langoureux, parfois c’est excitant et parfois ça déraille. La possibilité des scénarios est multiple à partir d’une seule image. Chaque dessin peut engendrer un univers, une situation et une histoire différente, quand bien même semblent-elles être exactement les mêmes. C’est donc à nous d’en imaginer la suite, sans forcément en donner de finalité.
Dans l’ensemble de son travail, Clément Balcon dépeint donc un univers empreint de narrativité, dont s’écoule une temporalité morcelée.

Le temps qui passe est effectivement bien étrange, en compagnie d’un crocodile solitaire qui mélange de l’oxycodone, du formol, du benzodiazépine et du jus d’orange comme cocktail du soir.

Le vendredi 13 est finalement un jour où l’on se raconte des histoires…

Marcy Petit.

Plus d’informations

http://clementbalcon.fr/fr/