Située sur les hauteurs de Nice depuis plus de 40 ans, la Villa Arson est à la fois école d’art, résidence d’artistes, médiathèque et centre d’art.

Ces différentes missions confèrent à la Villa Arson un rôle important sur le tissu culturel local mais aussi une renommée sur tout le territoire.

Jusqu’au 16 Janvier prochain, la Villa accueille l’exposition « FROM & TO », avec cinq artistes italiens et cinq artistes français.

L’occasion d’échanger avec Eric Mangion, directeur du centre d’art.

Montrer que la Côte d’Azur n’est pas que synonyme de strass et de tourisme, mais qu’elle peut aussi être un territoire de créativité


Quelles sont les spécificités des expositions du centre d’art de la Villa et quels axes défendez-vous?

Eric Mangion_Villa Arson

E.M: La Villa Arson possède un statut très officiel d’école d’art dans laquelle se déploie un centre d’art qui, quant à lui, n’a pas de statut officiel. Nous existons malgré ce paradoxe permanent.

Du coup, la spécificité de la programmation artistique est de mener des expositions, des rencontres ou des résidences en lien avec les pratiques menées dans ou à la frontière de l’école.

Parfois il s’agit d’une invitation directe à des membres du corps pédagogique, comme nous allons le faire entre février et août 2015 avec l’exposition Bricologie menée par Burkard Blümlein, Thomas Golsenne et Sarah Tritz, tous enseignants à la Villa Arson.

Nous allons également exposer en 2015 les artistes du programme de post diplôme 5/7 (Julien Dubuisson, Ibai Hernandorena, Jean-Charles de Quillacq et Lidwine Prolonge).

Mais cela peut être aussi des projets plus indirects avec des résidents qui travaillent sur place avec des étudiants (Oliver Beer & Shingo Yoshida ou Sébastien Remy & Cyril Verde), ou des invitations faites à des commissaires extérieurs qui développent des projets de recherche proches des préoccupations pédagogiques, tel que nous le ferons par exemple en 2016 avec Géraldine Gourbe qui mène depuis plusieurs années un travail de recherche sur l’émergence de la scène californienne en lien avec l’enseignement artistique.

Il y a un grand nombre d’artistes (étudiants, résidents) à la Villa Arson. Quels sont les critères de sélection pour pouvoir par la suite exposer au centre d’art?

Villa Arson

E.M: Il y a actuellement près 200 étudiants dans nos murs. Mais personne ici – à commencer par moi – ne les considère comme des artistes. Ils sont en cours de formation et doivent le rester. Ils deviendront artistes quand ils commenceront leur vie dans le monde professionnel. Il ne faut pas brûler les étapes.

Par contre, nous invitions régulièrement des artistes en résidence. En ce moment nous en avons sept, dont quatre dans le cadre du programme 5/7 cité plus haut, deux dans le cadre d’une exposition (Sébastien Remy et Cyril Verde) et une pour une résidence d’écriture cinématographique (Marie Losier).

Il n’y a aucun critère préalable de sélection de ces artistes. Les résidences sont toujours le fruit de rencontres fortuites, de discussions et de désirs communs de travailler ensemble.

L’exemple significatif concerne Sébastien Remy et Cyril Verde. Ils sont venus me voir un jour en me confiant leur envie de réaliser une résidence à la Villa Arson. Ils avaient un projet très spécifique. Nous les avons invités. Leur résidence s’est tellement bien passée que nous les avons réinvités quelques mois plus tard pour réaliser une exposition dans le centre d’art.

Quant à Marie Losier je ne la connaissais pas il y a quelques semaines encore. Elle a été invitée par une association liée au cinéma (L’éclat) avec qui nous travaillons.

Les choses se passent très bien avec elle et du coup nous l’inviterons à nouveau à réaliser un projet sur place.

Dans un délai relativement court les jeunes artistes issus de la Villa Arson peuvent donc participer à une exposition au centre d’art ?

E.M: Comme nous le faisons actuellement pour l’exposition FROM & TO, nous pouvons très vite exposer nos anciens étudiants. Cela me paraît tout à fait légitime et naturel. Par contre, il ne faut surtout pas que cela devienne un système récurrent.

Il y a en effet un vrai danger à créer un système en vase-clôt où nous finissons par travailler uniquement pour nous-mêmes. Je préfère mille fois aider nos anciens étudiants à voyager, réaliser des échanges, des résidences ou des projets loin de Nice.

Je n’interviens pas dans la pédagogie en tant que telle, mais par contre je suis très présent dans le démarrage de la vie professionnelle.

J’ai par exemple aidé six anciens étudiants (Mathilde Fage, Aurélien Cornut Gentille, Guillaume Gouerou, Paul Le Bras, Vivien Roubaud et Ugo Schiavi) à réaliser dernièrement un projet de sculpture culbuto dans une sorte de ferme/centre d’art à en Géorgie. Je travaille actuellement sur des projets à Dallas et à Taiwan dans lesquels je souhaite impliquer des anciens étudiants.

Je suis plusieurs d’entre eux dans l’implantation d’un espace alternatif dans les puces de St Ouen. J’ai aidé un projet d’exposition d’anciens étudiants (Lesley Anderson, Sylvain Azam, Benjamin Blaquart, Lorraine Châteaux, Clarence Guéna, Zoewend Kisgu Ilboudo, Zora Mann, Georgia René-Worms & Giuliana Zefferi, Michel Servé, Xavier Theunis, Ulricke Theusner et Julien Ziegler) chez Treize (espace alternatif géré par le Commissariat à Paris) porté par Julien Bouillon (artiste et enseignant à la Villa Arson).

Enfin, j’ai moi-même été co-commissaire (avec Daria de Beauvais) au printemps dernier de trois modules d’anciens étudiants au Palais de Tokyo (Vivien Roubaud, Thomas Teurlai et Tatiana Wolska). Ce sont des expériences très variées et très riches dans lesquelles j’apprends moi aussi beaucoup de choses.

Quel regard portez-vous sur la jeune création contemporaine de votre région et sur son évolution ?

Villa Arson

E.M: La jeune création à Nice est en immense majorité liée à la Villa Arson. Mais cela ne l’empêche pas de renouveler en permanence.

La Station joue un rôle essentiel dans cette dynamique car elle permet aux jeunes artistes de bénéficier d’ateliers tout en exposant et en voyageant.

Je crois savoir que les artistes en résidence aux ateliers Spada vont bientôt s’installer aux abattoirs, donc dans le même bâtiment que La Station.

C’est une très bonne chose, mais je trouve néanmoins que les collectivités locales valorisent peu cette belle dynamique.

Ce n’est pas une question de gros moyens. Il s’agirait juste d’être un peu malicieux et de montrer que la Côte d’Azur n’est pas que synonyme de strass et de tourisme, mais qu’elle peut aussi être un territoire de créativité.

Par ailleurs, je trouve dommage que les créateurs au sens général du terme ne se croisent pas assez : arts plastiques, danse, musique, théâtre ou littérature restent sclérosés dans leurs territoires respectifs.

Du coup, on a l’impression qu’il manque une dynamique culturelle, alors que dans chaque domaine il y a des artistes intéressants.

Pour en venir à l’exposition FROM & TO vous avez laissé libre cours aux artistes, en n’imposant aucune contrainte ni sur une thématique ni sur des pratiques. N’était-ce pas difficile à gérer ?

E.M: Cette exposition est le fruit d’un travail de collaboration entre le Kunst Meran Merano Arte dans le cadre de PIANO (projet d’échange culturel entre la France et l’Italie porté par DCA, l’association des centres d’art).
 Lors des rencontres préparatoires du projet, Valerio Deho (le directeur artistique du Kunst Meran) nous a proposé de réactiver un projet qu’ils avaient initié en 2007 sous le titre FROM &TO. Il s’agissait de faire travailler des jeunes artistes ensemble sans imposer de thème ni d’axe quelconque.
Cette idée nous est apparue très juste dans le cadre d’un échange entre deux structures, deux pays et, bien évidemment, entre différents artistes qui, au départ, n’avaient rien à faire ensemble. Nous avons donc réuni dix artistes, dont cinq italiens et cinq français en fonction de pratiques très variées.

Nous avons organisé deux workshops, puis créé une plateforme d’échanges.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les collaborations entre les artistes italiens et français n’ont pas été à la hauteur de nos espérances.

Cela a même été un peu tendu. Je crois que certains artistes ont eu du mal à gérer cette liberté que nous leur avions laissée. Ils cherchaient un arbitre. C’est peut être dû au fait que le commissaire d’exposition est devenu aujourd’hui le rouage essentiel d’une exposition.

Trop à mon sens.

Cela peut aussi s’expliquer par le fait que sans axe de réflexion, il est parfois difficile de créer de la concertation, du lien.

Mais je ne regrette pas cette expérience car, au bout du compte, si l’exposition est très inégale et peut paraître incohérente, elle reflète parfaitement les pratiques des artistes invités. Il n’y a aucun artifice. Le tout est assez généreux, ce qui était au bout du compte le but du jeu.

Plus d’informations

Le site de la Villa Arson: http://www.villa-arson.org/

© Décembre 2014, entretien exclusif réalisé pour Lechassis
Propos recueillis par Salomé Béllanger.