Depuis sept ans déjà, la ville de Levallois a pris parti de soutenir la jeune création photographique à l’internationale avec le Prix Levallois. Le vendredi 9 octobre, le centre culturel de Levallois  « L’Escale » inaugurait sa nouvelle exposition afin de présenter les trois nominés du prix : Tom Callemin (lauréat), Grégoire Pujade-Lauraine (prix du public) et David Fathi (mention spéciale).

Immédiatement, il est frappant de voir à quel point le lieu a un réel impact sur notre vision des œuvres. L’Escale accueille différents événements artistiques durant l’année mais la structure n’a rien à voir avec l’image classique d’une étroite galerie aux murs blancs.
Le lieu est grand et lumineux, divisé par un escalier qui mène à un spacieux sous-sol où sont exposées exclusivement les photos du lauréat. L’ensemble est très bien aménagé, chaleureux et convivial. C’est peut-être là toute la difficulté du commissariat d’exposition. Les photographies du rez-de-chaussée semblent quelque peu noyées dans l’espace. Il s’agit d’un véritable défi de savoir recréer deux univers artistiques avec des œuvres d’art de petits formats, fixées à de larges murs.

Vue de l’exposition du Prix Levallois, du 9 octobre au 28 novembre à L’Escale, Levallois © Mona Prudhomme, 2015

Mais justement c’est la notion d’espace qui intéresse l’artiste Grégoire Pujade-Lauraine avec sa série A perpetual season. Dans son oeuvre, l’homme est comme victime des structures carrées qui entoure son quotidien. Les quatre photographies présentées forment une parfaite harmonie par l’étrangeté de leurs compositions. Chacune brouille un peu plus notre rapport à l’espace, nos repères sont troublés comme dans un cache-cache avec une réalité impalpable. Ce travail sur le paysage architectural de nos sociétés est intriguant mais déçoit par la politesse de la scénographie. Placées sur un même mur blanc, les œuvres accrochent difficilement l’œil du visiteur tant elles se perdent dans la grandeur de l’espace.

L’œuvre de David Fathi, située sur le mur d’à côté, arrête notre attention plus longtemps, dans l’inspection des détails de tous ces clichés datant d’une autre époque.  C’est par une enquête perspicace sur « le pêché originel du scientifique », comme le dit l’artiste pour mentionner la bombe A, qu’il nous entraîne avec lui dans les décombres de notre passé commun. Implicitement, l’artiste semble aussi poser la question de la légitimité à considérer l’archive comme œuvre d’art. Les deux supports sont mêlés, le jeu allant même jusqu’à retoucher la photo d’archive pour la rendre plus esthétique et plus contemporaine. Anecdota se compose de captures cinématographiques, vues satellites, archives ou photos artistiques, portant un même discours qui nous pousse à repenser ces oublis volontaires de notre Histoire guerrière.

David FATHI, Anecdota © Mona Prudhomme, 2015

David FATHI, Anecdota © Mona Prudhomme, 2015

Ici il faut saluer la belle initiative de la commissaire qui a ajouté deux vitrines sous les photographies, qu’elles complètent. Comme une puissante réflexion sur la force de l’imagerie illustrant la terreur de notre passé, ces bribes d’un autre temps nous semblent soudainement exhumées par une actualité toujours meurtrière.

Tom CALLEMIN, Index © Mona Prudhomme, 2015

Tom CALLEMIN, Index © Mona Prudhomme, 2015

Très rapidement, notre regard est attiré par les grands formats noir et blanc de Tom Callemin qui habitent le sous-sol de la galerie.

En effet, il s’agit bien là d’habiter le lieu puisqu’une fois la descente de l’escalier achevée, c’est une toute autre atmosphère qui nous enveloppe. Les images de Tom sont hantées par une histoire. Elles possèdent quelque chose qui appartient presque plus à la magie du cinéma qu’à celle de la photographie. Un dos gigantesque, couvert par une chemise sale, obstrue toute la surface d’une oeuvre, nous laissant seulement apercevoir un bas de crâne mi-homme mi-animal. Pas d’autres indices sur le récit, juste des suggestions poussant l’imagination du visiteur toujours plus loin, comme cette maison abandonnée ou cette femme nue, le regard baissé et agrippée par deux mains anonymes.

Tom CALLEMIN, Index © Mona Prudhomme, 2015 (2)

Tom CALLEMIN, Index © Mona Prudhomme, 2015

Bien qu’il soit un peu frustrant de ne pas en voir plus sur les travaux des trois photographes, les âmes curieuses peuvent feuilleter les livres de chaque artiste, présentés au sein du dispositif.
Le Prix Levallois a su mettre en valeur trois jeunes talents, qui chacun à leur façon nous parle de l’étrangeté du monde dans lequel nous vivons.

Mona Prudhomme