Kokou Ferdinand Makouvia est encore étudiant aux Beaux-Arts de Paris, en 4e année, dans l’atelier de Bojan Sarcevic et Emmanuel Saulnier. Originaire de Lomé, au Togo, il a été repéré ces derniers mois au concours La Convocation, au Salon de Montrouge et au Prix Dauphine pour l’Art Contemporain. Ces derniers jours il a obtenu le Prix Aurige Finance pour les Amis de l’ENSBA ainsi que le Prix Juvenars-IESA…rien que cela.

Rencontre avec l’intéressé en sortie d’atelier dans la cour des Beaux Arts.


En quelques semaines tu accumules le Prix Dauphine pour l’Art Contemporain et le Prix ADAGP du Salon de Montrouge, cela te fait quoi?

Je dois dire que cela me fait vraiment plaisir, on ne peut être que content !

Après ce ne sont pas les récompenses en tant que finalités qui sont intéressantes mais plutôt le fait que cela puisse m’ouvrir un chemin, je le prends comme le début de quelque chose. Maintenant je peux vraiment me concentrer sur la suite et surtout cela me donne confiance en moi et en ce que je fais, dans le sens où quelque chose commence à tenir la route. Grâce à ces événements, des professionnels ont vu mon travail et se projettent dans l’avenir avec moi, cela ouvre des perspectives.

Ferdinand Kokou Makouvia, Adjogbo, 2016, feutre industriel, résine, céramique. Courtesy

Kokou Ferdinand Makouvia, Adjogbo, 2016, feutre industriel, résine, céramique. Courtesy Clément Halborn

Ferdinand Kokou Makouvia, dessins, des coups et des noeuds, 2017, fer forgé, caoutchouc

Kokou Ferdinand Makouvia, dessins, des coups et des noeuds, 2017, fer forgé, caoutchouc. Courtesy Peter Houston

Tes sculptures sont réalisées avec différents matériaux comme le bois, le caoutchouc ou le métal. Que cherches-tu à susciter dans tes pièces ?

Dans toutes mes recherches, ce qui m’importe avant tout est la réaction que peuvent avoir des matériaux et de voir par la suite les formes qui en découlent. J’aime la matière, j’en utilise de différentes sortes, comme la résine, le béton, en passant bien sûr par des matériaux organiques. Les contrastes m’intéressent, par exemple entre un bois très brut et un caoutchouc au caractère industriel. Leurs histoires m’intriguent et d’une certaine manière ils communiquent toujours entre eux ;  et je les rejoins dans cette communion.

Ferdinand Kokou Makouvia, De l'autre côté, il peut y avoir de l'inconnu, 2015

Kokou Ferdinand Makouvia, De l’autre côté, il peut y avoir de l’inconnu, 2015. Photo Anaïs Barras. Productions ESAD Valenciennes

Ferdinand Kokou Makouvia, Gomido, 2016, bois, ceramique. Courtesy Peter Houston

Kokou Ferdinand Makouvia, Gomido, 2016, bois, ceramique. Photo Peter Houston

Ferdinand Kokou Makouvia, Sans titre, 2016, bois, sable

Kokou Ferdinand Makouvia, Sans titre, 2016, bois, sable. Clément Halborn

Je n’ai pas vraiment d’idée précise en moi lorsque je commence à créer, je sens une énergie avant tout. Je discute en quelque sorte avec ce que j’ai sous la main dans l’atelier, je superpose, j’enlève, je casse, c’est une interaction intuitive. Je ne me précipite pas, je prends le temps, je pose les bonnes questions. Ensuite quand la pièce est finie, je le sais, c’est comme ça, je ne peux vraiment l’expliquer.

Ton travail sur la matière explore des mythes et croyances provenant notamment de tes influences Togolaises. Entretiens-tu un rapport à l’animisme, voire une attirance envers la culture Vaudou ?

Alors en réalité ce que je fais est très spontané et inné. Je puise beaucoup dans mes origines en effet, mais venant d’une famille chrétienne, du coup je ne me sens pas du tout proche de la culture Vaudou. Par contre il est vrai que durant mon enfance, j’ai pu voir différentes cérémonies dans plusieurs villages du Togo. Ce sont des événements très forts et marquants, qui m’ont de fait forcément influencés.

Ferdinand Kokou Makouvia, j'ai gardé le réflexe, 2016, dimensions variable, Bois, caoutchouc

Kokou Ferdinand Makouvia, j’ai gardé le réflexe, 2016, dimensions variable, Bois, caoutchouc. Productions ESAD Valenciennes

Ferdinand Kokou Makouvia, J'ai gardé le réflexe, 2016, dimensions variable, Bois, caoutchouc

Kokou Ferdinand Makouvia, J’ai gardé le réflexe, 2016, dimensions variable, Bois, caoutchouc. Productions ESAD Valenciennes

Mes travaux ont tous en commun une recherche sur la matière, dans une approche quasi scientifique. En ce moment je lis beaucoup sur ce sujet d’ailleurs, et les écrits sur les “matériaux sociaux” du sociologue Bruno Latour m’intéressent bien.

Peux tu nous parler de ta performance twenty-eight minutes inside ? tu sembles vouloir te confronter physiquement à tes créations !

Cette performance a été réalisée pour la première fois sur une invitation de Pascale Marthine Tayou à la Galleria Continua pour l’exposition Explosition 

Lorsque j’ai créé cette sculpture à l’école (NDLR : ESAD Valenciennes), il n’y avait à l’origine pas du tout de performance prévue. Après-coup et une fois la pièce finalisée, j’ai senti comme un souffle sortir de celle-ci, comme un mouvement émanent de l’intérieur. Je l’ai vue en vie, et je me suis alors simplement demandé : est-ce que je peux rentrer dedans ?

Dans sa conception, l’œuvre est modulable, en plusieurs morceaux. A l’intérieur, je ne me suis pas senti humain du tout, mais j’avais l’impression de bouger comme le cœur d’un animal, ou d’un cyborg, je ne sais pas. C’était lourd, je transpirais, il n y avait pas assez d’air, c’était vraiment dur, j’étais en transe.

Et la première fois où je suis rentré dedans, je suis vraiment resté 28 minutes à l’intérieur.

Plus d’informations

Le site de l’artiste

Visuel de couverture : twenty-eight minutes inside à la Galeria Continua, courtesy Mathieu Harel Vivier