Ouverte en avril 2016, la galerie 0 – espace prospectif occupe 400m2 en fin de parcours des collections d’art contemporain du Centre Pompidou. Résolument tournée vers l’émergence et le croisement des disciplines, c’est avant tout un lieu d’expériences, à l’image du projet inaugural Museum On/Off au printemps dernier; mélangeant sous forme de statement une bonne trentaine d’artistes ainsi que des collectifs, des lieux indépendants et des critiques d’art. Pour parler de cet espace atypique et échanger sur le caractère prospectif du Centre Pompidou, son directeur Bernard Blistène, nous accueille dans son bureau – à la vue imprenable sur la “maison”.


Bernard Blistène, qu’est-ce qu’une grande institution comme le Centre Pompidou entend par cette notion de prospection ?

L’idée de prospection est en tant que telle foncièrement associée au Centre Pompidou depuis sa création. L’intitulé même du musée, Centre National d’Art et de Culture, me fait penser à ce que disait Jean-Luc Godard lorsqu’il faisait justement une distinction entre art et culture “ la culture c’est la règle, l’art c’est l’exception”. Finalement cette citation résume assez bien ce que doit être le centre implicitement : un lieu de culture où l’enseignement, la transmission et l’histoire de l’art doivent nous appeler à rester constamment vigilants quant à la création naissante.

La prospection est toujours une rencontre entre passé et présent, et dans une maison comme la nôtre elle implique une réflexion perpétuelle sur la manière dont on présente et articule tout cela.

C’est aussi quelque part une prolongation des expérimentations du “nouveau festival” que j’ai mis en place entre 2009 et 2015 lorsque j’étais directeur du développement culturel.

Museum ON OFF, courtesy Centre Pompidou, Hervé Véronèse, 2016

Museum ON OFF, courtesy Centre Pompidou, Hervé Véronèse, 2016

Comment s’imbrique cet espace prospectif au sein de l’établissement ?

La galerie 0 est située à l’intérieur même du musée, à la fin du parcours des collections contemporaines. C’est un espace pensé et bâti au coeur de l’institution, et non à sa marge. Nous voulons y expérimenter des pratiques différentes, de nouveaux types d’interventions, en réalisant un tas de choses en parallèle. Il est aussi envisageable d’utiliser cet espace pour apporter une critique du musée, dans son fonctionnement, et de soulever ainsi certaines problématiques.

Polyphonies, vue de l'exposition, courtesy Hervé Véronèse Centre Pompidou

Polyphonies, vue de l’exposition, courtesy Hervé Véronèse Centre Pompidou

C’est une sorte de “bivouac” artistique, situé entre deux temporalités : celle du temps long, de l’histoire, et celle du temps court, de l’immédiateté. L’espace prospectif doit ainsi rendre sensible ces notions de passé et de présent. Je crois que le musée doit être un lieu d’étude, de confrontation et d’espace critique, et qu’il faut parfois laisser de jeunes générations s’approprier son cadre. J’aime beaucoup cette citation de Rimbaud qui résume assez bien mon propos : “trafiquer l’inconnu pour trouver du nouveau”.

Pouvez-vous nous parler de la programmation de la galerie 0 et de sa conception ?

La programmation est déclinée sur la base de trois cycles par an. Le format se veut assez libre, pour créer des situations à partir de projets singuliers et différents, dans une volonté d’échanges, de recherches et de débats critiques.


C’est un lieu où le fonctionnement est finalement assez proche d’une salle de spectacle ou de conférence, qui sort d’une logique exclusivement contemplative.


Le spectateur devient acteur ; ici on déambule dans une pratique muséale différente. C’est une thématique qui m’est très chère depuis notamment le commissariat de l’exposition “Un théâtre sans théâtre” (exposition au MACBA en 2007 NDLR) où j’ai travaillé sur cette notion de “jouer”. Concernant la conception de la programmation, des propositions me sont faites par les conservateurs du musée, que j’arbitre, et qui conjuguent des énergies à la fois intérieures mais aussi extérieures en associant par exemple des artistes en amont des projets. C’est le cas notamment de Catherine David, directrice adjointe du centre, qui prépare un projet en octobre prochain avec le collectif Indien Clark House Initiative dirigé par l’artiste Sumesh Sharma, pour la création d’une plateforme collaborative.

Polyphonies, vue de l'exposition, courtesy Hervé Véronèse Centre Pompidou

Polyphonies, vue de l’exposition, courtesy Hervé Véronèse Centre Pompidou

Quelle sont les évolutions et les ambitions de l’espace pour 2017 ?

Nous allons complètement revoir la présentation des collections historiques d’ici juin avec une nouvelle distribution des espaces. Il va s’en dire que la galerie 0 reste ici, toujours en bout de parcours, mais sera désormais précédée d’une oeuvre capitale de Mike Kelley et Tony Oursler intitulée The poetics project. C’est une oeuvre importante, collaborative et interactive, qui joue sur plusieurs registres et formes de création et qui implique une déambulation du spectateur dans l’espace. Ce qui serait formidable, c’est que finalement chaque visiteur du centre vienne chez nous pour prospecter, au sens large.

La déambulation, entre espaces communs, gratuits et payants doit favoriser cela, la découverte.

Polyphonies, vue de l'exposition, courtesy Hervé Véronèse Centre Pompidou

Polyphonies, vue de l’exposition, courtesy Hervé Véronèse Centre Pompidou

Plus d’informations

Le site du Centre Pompidou

En juin 2017, la galerie 0 accueillera « Anarchéologie », un projet de Marcella Lista.

La rédaction remercie chaleureusement Bernard Blistène, Dorothée Mireux et Clélia Dehon