En parallèle à la 5ème édition de la Biennale des Ateliers de Rennes, la Biennale OFF présente elle aussi pour la 3ème fois une programmation artistique riche. L’occasion pour nous de nous intéresser de plus près à la place que cet événement accorde à l’émergence de jeunes commissaires et artistes dans divers endroits de la ville, et plus particulièrement à l’exposition « Le tremblement est invisible » curatée par Pauline Bordaneil. Cette exposition, présentée jusqu’au 27 Novembre 2016 au HubHub de Liffré dans le cadre du programme de professionnalisation pour jeunes artistes et commissaires d’exposition GENERATOR, nous offre la possibilité de découvrir pour la première fois en France, le travail de l’artiste Anglaise Lily Ackroyd-Willoughby.

« Comment voyons-nous les choses qui nous entourent ? »

Cette première interrogation est la base du travail artistique et sculptural de Lily Ackroyd-Willoughby. Dans son atelier de la ville de Leeds, dans le Nord de l’Angleterre, l’artiste crée des relations entre la matière et les objets du quotidien qui nous entourent. Elle puise d’abord son inspiration dans l’esthétique et le design de ces choses avant d’en transformer leur usage. Le résultat, qu’il s’observe accroché au mur ou à même le sol s’apparente à des morceaux de mise en scène, qui tel un lointain souvenir peut nous évoquer une sensation subjective de « déjà-vu ».

Lily Ackroyd Willoughby, Sweat Box, Seize Projects

Lily Ackroyd Willoughby, Sweat Box

Sûrement cette impression est-elle liée à la fonction consumériste choisie pour chaque objet. Ils nous questionnent car ils appartiennent à notre quotidien, à notre culture et à la société à laquelle nous appartenons dorénavant.

Comme une référence au mouvement du Pop-Art, les objets de Lily Ackroyd-Willoughby nous renvoient à une nouvelle forme de la culture populaire, dans un élan à la fois enthousiaste et critique.

Pour l’exposition Le tremblement est invisible, une paire de basket de la célèbre marque Nike est ainsi exposée. Cependant, celle-ci est détournée avec ironie de son usage premier de chaussure mais aussi, et surtout de sa fonction esthétique et « fashion ». Complètement recouverte de spray « effet goudron », la paire de basket devenue aussi solide que de la pierre devient alors une sculpture à part entière, un ready made du XXIème siècle figé dans la roche. Cet acte désacralise alors totalement la relation initialement prévue de l’objet envers le consommateur, c’est à dire nous-mêmes.

Lily Ackroyd-Willoughby, Stone Carved Nikes, 2014

Lily Ackroyd-Willoughby, Stone Carved Nikes, 2014, photo 40mcube

Dans la quête de cette exploration de notre quotidien, une deuxième oeuvre de Lily Ackroyd-Willoughby est présentée. Reprenant les codes, le graphisme et la typographie des flyers de restauration rapide, l’artiste a ainsi recrée un menu de pizza artificiel dont les onomatopées grotesques « FLOP- FLOP – FLOP », usées à répétition sur le menu ne sont plus que des adjectifs apparentés au fromage fondu.

Lily Ackroyd-Willoughby, Pizza Leaflets, 2014 © Lily Ackroyd-Willoughby

Lily Ackroyd-Willoughby, Pizza Leaflets, 2014
© Lily Ackroyd-Willoughby

Quoi qu’il en soit, Lily Ackroyd-Willoughby crée et met en scène des objets, qui comme le raconte la toile de fond de l’exposition, nous replacent dans l’expérience d’un contexte actuel. Le réel surgit par des matériaux bruts dans la représentation mais ces intrusions dialoguent avec une sensation plus viscérale et plus discrète de l’objet fini.

Les oeuvres de Lily Ackroyd-Willoughby sont donc en quelque sorte comme des « tremblements invisibles », on ne peut réellement les voir mais on les ressent.

Un texte de Marcy Petit

Plus d’informations

« Le tremblement est invisible » avec Lily Ackroyd-Willoughby, Annabelle Arlie, Anthony Bodin, Charlie Boisson, Estel Fonseca, Vasilis Papageorgiou et Peggy Pehl
Le site de l’artiste

Le site de 40mcube