Commissaires d’Exposition Associés est une association créée en 2007 dont l’ambition est de regrouper une séléction de curateurs vivants en France afin d’organiser des projets et de promouvoir cette activité parfois méconnue . À l’occasion de l’appel à candidature « Public Pool » lancé par la structure (et dont la restitution aura lieu au Frac Nord-Pas de Calais en mars prochain), les responsables du projet Jean-Christophe Arcos, Marianne Derrien, Céline Poulin et Leïla Simon répondents à nos quelques questions.

L’association CEA fête cette année ses 10 ans. Pouvez nous parler de ses actions ? Et pour aller plus loin, qu’est-ce qu’être commissaire d’exposition en 2017 ?

Fondée en 2007, l’association C-E-A / Commissaires d’exposition associés a pour vocation de regrouper les personnes exerçant une activité de commissaire d’exposition d’art contemporain en France et de constituer une plateforme de réflexion, de promotion et d’organisation d’actions et de projets autour de cette activité.

Cette année C-E-A fête ses 10 ans. 10 ans durant lesquels la figure du commissaire a évolué, s’est étoffée sur les plans théorique, culturel, social et juridique. 10 ans qui ont également vu le paysage artistique et culturel français changer. Si cette date anniversaire est pour C-E-A une occasion de consolider et multiplier les partenariats, il s’agira aussi de se projeter dans l’avenir et d’engager des réflexions prospectives sur les devenirs du commissariat d’exposition dans un contexte culturel en mutation.

Public Pool #2, Cité Internationale des Arts, courtesy Salim Santa Lucia

Public Pool #2, Cité Internationale des Arts, Barbara Soyer, courtesy Salim Santa Lucia

Sous le titre général Future is cutatorial les 10 ans de C-E-A seront célébrés tout au long de l’année 2017, sur différents formats, temps, lieux, enjeux et problématiques. Ce sera notamment l’occasion pour l’association de renforcer tout particulièrement ses liens avec l’international, en s’appuyant sur la présence et l’activité de ses membres à l’étranger et en développant de nouvelles relations multilatérales avec des professionnels et des structures européennes.

Avec Future is cutatorial une réflexion globale sur les nouvelles formes curatoriales et leurs possibles développements se déclinera en trois champs de problématisation « Recherche et formation », « les positionnements du commissaire » et « Prospective », associant commissaires d’exposition, artistes, institutions (lieux de diffusions, lieux de formations, réseaux) et partenaires publics. L’objectif est aussi d’engager un travail qui se prolongera au-delà de 2017.

Un commissaire d’exposition indépendant était, est et restera un intermédiaire privilégié des artistes, quelqu’un qui se trouve sur le terrain, celui de l’action, de la réflexion en lien avec les pratiques artistiques.

Aussi, c’est un professionnel de l’art et de la culture qui développe et crée une masse critique au sens d’une plus-value non économique mais théorique et intellectuelle sur le faire artistique. Probablement, le commissariat sauvera le monde : en énonçant non seulement la nécessité d’accompagner des artistes qui continuent d’avancer, face à la fois à ceux qui prétendent que l’art c’est fini ou que c’était mieux avant, mais également en affirmant une instance qui révèle voire crée du sens, un passeur qui distingue et ouvre des pistes dans la production artistique.

Compte-tenu de la société dans laquelle on vit il est plus que nécessaire de prendre le temps. Prendre le temps de « voir », de rencontrer, d’organiser des moments de réflexion et de discussion avec les artistes. Les réflexions qui en découlent permettent ainsi de proposer des formes de transmission diverses et variées pour offrir des pistes et ainsi poursuivre les échanges avec les artistes, un public et d’autres acteurs culturels.

Public Pool #2, Cité Internationale des Arts, courtesy Salim Santa Lucia

Public Pool #2, Cité Internationale des Arts, Jakob Gautel et Gilles Sage , courtesy Salim Santa Lucia

C’est quoi exactement Public Pool, vous êtes de grands sportifs ?

Avant Public Pool, il y a eu Pool, initié, en 2015 à la Cité internationale des arts par Mikaela Assolent, Céline Poulin et Barbara Sirieix. C’est un format de rencontre et de discussion réduit (15 personnes maximum par session/rendez­-vous) permettant aux membres de ­C-E-A de mettre en commun leurs idées, dans une dynamique de réflexion collective de leurs projets. Ce dispositif a pour objet de faire avancer des questions essentielles à la recherche en art contemporain aujourd’hui. Pool est à la disposition de chaque membre de ­C-E-A souhaitant donner une forme collective et partagée à ses recherches. L’esprit collectif de ces rencontres implique le respect d’une prise de parole partagée. En 2016, fort de nos échanges et affinités avec la Cité internationale des arts, nous avons souhaité prolonger l’expérience avec une ouverture de ces rencontres aux publics.


On peut aussi souligner que cette dynamique d’ouverture est apparue au moment des grands rassemblements de Nuit Debout.


Faire co-exister l’idée d’une agora, d’un forum et d’une prise de parole en continu entre artistes, commissaires d’expositions, etc… nous semblait nécessaire, libératrice et vitalisante.

Public Pool #2, Cité Internationale des Arts, courtesy Salim Santa Lucia

Public Pool #2, Cité Internationale des Arts, Doriane Souilhol, courtesy Salim Santa Lucia

Nous avons conçu Public Pool comme un évènement en continu, une tribune/forum de discussions sur l’actualité artistique dans son rapport avec les enjeux traversés actuellement par la société.
Nous avons pu mettre en place en juin 2016, la première édition dePublic Pool qui s’intitulait « le mythe est une parole » et avait pour point de départ les 53 textes des Mythologies de Roland Barthes. Chaque participant était invité à s’inspirer d’un des 53 mythes afin de proposer une intervention spécifique relevant tant de la prise de position et de la prise de parole que d’une proposition visuelle ou performative.

C’est en effet sportif, au sens où c’est un marathon (comme a pu le concevoir Hans Ulrich Obrist), une journée de 14h à 21h en continu. Public Pool c’est intense, cela demande d’avoir de l’endurance pour les organisateurs, les participants et l’audience. Nous pouvons le faire grâce à l’énergie des membres de C-E-A, des participants et des partenaires qui accueillent cet événement.

Aussi, Public Pool  c’est le désir de rencontrer, de partager, de rendre visible la parole, les réflexions et les enjeux qui circulent entre artistes et certain(e)s en résidence à Paris à la Cité internationale des arts, commissaires d’expositions, chercheurs, …

Par contre, aucun rapport avec « Swimming Pool », le tube de l’été 2012 dans lequel Kendrick Lamar dénonçait l’alcoolisme de la génération de rappeurs qui l’ont précédé ! L’ivresse sur Public Pool, c’est avant tout de passer d’une forme à une autre, d’un point de vue à un autre, pour approcher les différentes facettes des sujets que nous proposons aux artistes, critiques, commissaires etc. d’explorer.

« Les objets ont la parole » : vous nous présentez votre appel à projet ?

Le Frac Nord-Pas de Calais accueillera le samedi 25 mars la première présentation de PUBLIC POOL en région.

Public Pool #3 « les objets ont la parole » prend place dans le cadre de l’exposition « Les objets domestiquent » qui se tient au Frac Nord-Pas de Calais du 28 janvier au 27 août 2017. Le projet est porté par quatre commissaires d’exposition, Jean-Christophe Arcos, Fabienne Bideaud, Marianne Derrien et Leïla Simon.

L’appel est ouvert aux commissaires d’exposition, artistes, critiques d’art, chercheurs, historiens de l’art, architectes, designers, scénographes, philosophes, danseurs… Les propositions sont à renvoyer avant le 5 février 2017.

Public Pool #2, Cité Internationale des Arts, courtesy Salim Santa Lucia

Public Pool #2, Cité Internationale des Arts, Judith Deschamps, courtesy Salim Santa Lucia

Public Pool #2, Cité Internationale des Arts, courtesy Salim Santa Lucia

Public Pool #2, Cité Internationale des Arts, Marion Zilio et Benjamin Efrati, courtesy Salim Santa Lucia

Il s’agit là encore de tourner autour d’une question centrale dans nos sociétés, qui est celle du rapport entre les sujets, la subjectivité, et les objets.

Il est bien évident que ce n’est pas à proprement parler une question nouvelle : pour Leroi-Gourhan, l’humanité se fonde avec la création d’outils qui instaurent une distance au monde, un rapport d’utilité. L’affaire est donc ancienne – mais, ce qu’on peut remarquer avec les bouleversements liés aux interfaces informatiques ou à l’émergence de l’intelligence artificielle, c’est que les objets n’ont plus besoin de nous, ils ne sont plus « orientés sujets ». Ou du moins, ce scénario d’un monde d’objets vidés de sujets est celui qui a les faveurs des futurologues et des médias, alors que la pensée contemporaine nous invite à déconstruire cette représentation et à réinjecter du subjectif dans le monde.

Sur le même principe que les précédents Public Pool chaque participant est invité à s’inspirer de l’une ou l’autre des entrées proposées dans une liste donnée. Par exemple : les œuvres de la collection du Frac Nord-Pas de Calais, le Monolithe de 2001 Odyssée de l’espace, le télé achat ou encore des Sex toys

Plus d’informations

L’appel à projet

Le site de CEA

Le site du Frac Nord-Pas de Calais

Photo à la une : Marion Zilio et Benjamin Efrati