Nouveau lieu parisien à la croisée d’un espace d’exposition, d’une librairie et d’une cantine, le T2 ouvre ses portes ce mois-ci au cœur du quartier Popincourt, ilôt aux allures de village du 11e arrondissement de Paris. Dirigé par le collectif BLBC, l’ancien espace de la galerie Düo sera dédié à des programmations longues propices aux échanges et aux rélfexions. Sous la direction artistique du groupe l’exposition inaugurale présente les travaux de 13 jeunes artistes sous la forme d’une boutique de musée où rien ne serait à vendre. Manon Klein, Arnaud Idelon et Samuel Belfond, trois membres du collectif, répondent à quelques questions pour l’occasion !


Chaques mots choisis pour décrire le concept du T2 me semblent importants : qu’est-ce qui se cache derrière le concept « d’espace collectif de création » ?

Derrière les mots se cache une volonté de bousculer les formats établis de l’espace culturel ou de la galerie. Nous souhaitons penser un espace qui ne soit pas uniquement un lieu de monstration, sur une temporalité classique d’expositions successives. En structurant notre programmation en saisons thématiques bi-annuelles, explorant chacune un enjeu aux répercussions sociétales, nous espérons développer des collaborations avec artistes et penseurs émergents sur un temps assez long pour qu’il ne soit pas composé uniquement de deadlines et de rushs, mais d’un véritable échange qui puisse être perceptible pour les visiteurs.
Tout juste sortis de nos parcours académiques, nous sentons que quelque chose de fort est en train d’apparaître au sein de notre génération, en passe d’avoir les cartes en main pour faire évoluer les habitudes, notamment dans le champ culturel.
Le concept d’espace collectif renvoie à cette nécessité de créer des occasions d’échanger, d’apprendre les uns des autres et de se fédérer entre acteurs de cette génération émergente.
Vue d'exposition d'OPEN ; crédit photo : Louis Granet

Vue de  l’exposition d’OPEN ; crédit photo : Louis Granet

La création est ainsi un moyen de matérialiser ces échanges en permettant à de jeunes artistes de questionner la société contemporaine, d’insérer leur démarche artistique dans un écosystème de pensées plus large. L’emphase sera d’ailleurs mise sur la réception des œuvres, la relation qui s’établit entre elles et le spectateur, servant ainsi de points de départ à une discussion dépassant le champ artistique pour intégrer une dimension sociale et politique.

Dans la poursuite de votre récente initiative du festival vis-à-vis, est-ce que le T2 souhaite s’impliquer dans la vie du quartier Pompincourt ? Comment envisagez-vous votre relation avec les riverains, les passants ?

Avec l’espace T2, nous revendiquons en effet un ancrage territorial, dans la lignée du festival Vis-à-Vis et de notre collaboration au long cours avec la galerie Düo. Cela va dans le sens d’une vision de l’art incarnée, contextualisée et transitive ; les contenus que nous développons prennent du sens par la permanence du collectif dans ce quartier du Marché Popincourt. Les rapprochements et collaborations avec commerçants, usagers et habitants du quartier constitueront le socle de nos expérimentations futures, notamment au travers d’une programmation hors-les-murs avec des oeuvres passant régulièrement les portes de l’espace culturel pour prendre place dans la rue.


C’est justement par cet ancrage territorial que le désenclavement que l’on appelle de nos voeux est rendu possible : avec un espace comme T2 ancré dans un quartier, connu de tous, ouvert sur le dehors et proposant des « activités » extra-artistiques, on tient la possibilité de rompre avec le modèle de la galerie, et les phénomènes d’auto-censure qu’elle peut induire chez le non-initié.


Concrètement, notre implication à l’échelle du quartier se manifestera par : des oeuvres conçues in situ lors d’une résidence et disséminées dans le quartier ; des projections dans les vitrines des commerces ; des performances venant prendre place dans la rue, voire des appartements ; des ateliers de médiation sous forme « workshops inversés », où le jeune public vient nourrir les artistes par son expertise locale du village Popincourt.

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L’ancienne galerie Duo lors du festival Vis à Vis, en septembre 2016

Le modèle économique de l’aventure semble intéressant. Comment allez-vous fiancer cet espace culturel? Est-ce un modèle basé sur une redistribution des recettes liées à la cantine ? 

Nous avons la chance d’être invités par les propriétaires du lieu, qui demeurent en charge de la cantine attenante, à mettre en place une programmation artistique ambitieuse. La cantine et l’espace d’exposition demeurent dissociés dans leur modèle économique, même si les projets sont pensés sur l’espace entier. La gratuité de nos formats est une donnée centrale de la démarche du collectif et nous ne prenons aucune commission sur les potentielles ventes d’oeuvres. Nos projets sont financés selon le modèle classique des structures non profit : un soutien public couplé à un recours au mécénat et au crowdfunding.
Logo T2 in situ ; crédit photo : Louis Granet

Logo T2 in situ ; crédit photo : Louis Granet

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Plus d’informations

Le T2 est situé au 24 rue du Marché Popincourt, 75011 Paris
Page FB
L’exposition inaugurale est visible jusqu’au 21 décembre 2016 avec les artistes Marion Balac, Enzo Mianes, Jean-baptiste Caron, Adrien Guillet, Cyril Debon, Simon Nicaise , Quentin Lefranc, Léa Mercier, Louis Granet, Aldéric Trével, Céline Notheaux, Hélène Garcia et Charlotte El Moussaed