Watch This Space est une biennale dédiée à la jeune création pour les artistes de l’Eurorégion Nord.

Pour cette huitième édition, les artistes ont été amenés à s’interroger sur la notion de résistance et à en donner une interprétation créative.

En partenariat avec 50°Nord, réseau transfrontalier d’art contemporain, Lechassis a décerné cette année son coup de cœur pour l’installation « Killdozer » de Donovan Le Coadou. L’occasion de poser quelques questions à l’artiste et sur son projet.


Donovan, peux-tu nous parler rapidement de ton parcours ?

J’ai commencé par une filière professionnelle, un BEP de menuisier et un CAP d’ébéniste à Tréguier en Bretagne. J’étais attiré par le travail du bois mais la fabrication de meubles ne m’intéressait pas plus que ça alors je me suis orienté vers les arts appliqués pour découvrir de nouveaux médiums. Quelques années plus tard, je suis entré aux Beaux-Arts de Brest, où j’ai pu renouer avec mon envie de travailler le bois. J’ai passé ma quatrième année à l’UQAM à Montréal. C’était l’année du printemps d’érable, la fac était quasi fermée donc j’en ai profité pour faire le tour des côtes américaines en bus avec deux amis. J’y ai collecté beaucoup d’images et de récits qui alimentent aujourd’hui beaucoup mon travail. Une fois mon diplôme obtenu, j’ai atterri à Dunkerque où j’ai trouvé un grand atelier sur le port à Fructôse.

Peux-tu nous présenter ton installation « Killdozer » proposée pour Résistance! ?

L’installation Killdozer fait référence à un fait divers filmé et diffusé en direct à la télévision américaine en 2004 dans la petite ville du Colorado, Granby. Après une longue bataille juridique perdue contre les autorités locales autour de sa propriété, Marvin John Heemeyer décide de se venger en construisant un tank hand-made sur la base d’un bulldozer Komatsu. A bord de sa machine infernale quasi-indestructible, plaquée d’acier et de béton, il détruit une bonne partie de la ville. Ce fait divers emprunt de science fiction est rapidement baptisé « Killdozer » du nom d’une nouvelle de Théodore Sturgeon qui raconte l’histoire d’une entité ancienne ensevelie qui, réveillée par des ouvriers sur un chantier, prend possession d’un bulldozer pour les attaquer. A la vision des images filmées par hélicoptère, j’ai tout de suite été intéressé par cette carapace blindée qui se déplaçait en détruisant tout sur son passage. Une forme non identifiée qui paraît directement extraite d’un film de science fiction. Pour la biennale, j’ai réalisé une réplique de cette carapace en contre-plaqué, peinte en vert d’incrustation. L’enveloppe de bois repose sur des palettes comme une armure vide. Je voulais qu’on puisse expérimenter la forme jusqu’à rentrer à l’intérieur. Une fois sous la carapace, on peut visionner les images du transport et montage des différentes pièces de l’installation, prenant alors une toute autre apparence. La peinture verte servant de surface de projection, la carapace change de matière par le biais d’un changement de couleurs, tantôt un dégradé de couleurs artificielles, tantôt un coucher de soleil.

« Killdozer » de Donovan Le Coadou

Vue de l’installation « Killdozer » de Donovan Le Coadou

« Killdozer » de Donovan Le Coadou

Vue de l’installation « Killdozer » de Donovan Le Coadou

« Killdozer » de Donovan Le Coadou

Vue de l’installation « Killdozer » de Donovan Le Coadou

Tu es en ce moment en résidence chez Fructôse à Dunkerque. Peux-tu nous présenter le lieu ainsi que le principe ?

Fructôse est basé dans le port de Dunkerque dans 3000m2 d’anciens entrepôts portuaires réaménagés. C’est une structure de soutien à toute forme artistique. Elle propose différents espaces : studio d’enregistrement, atelier sérigraphie, plateau test. Il y a une quinzaine d’ateliers individuels dont cinq réservés au volume. Ma résidence l’as-bas a commencé avec la biennale Watch This Space organisé par le réseau 50° Nord. Je venais d’arriver à Dunkerque et le thème de la biennale correspondait à cette pièce sur laquelle je travaillais. L’atelier que j’occupe était vraiment idéal et pratique pour travailler du grand format car une fois assemblée, ma pièce devait faire dans les 8 mètres de long. Le chantier a duré 2 mois où j’ai, petit à petit, envahi le moindre espace disponible des ateliers, squattant chez mes collègues. Cette période de résidence a été vraiment enrichissante en rencontres avec les autres résidents dont Fabien Marques qui participait lui aussi à la biennale. Un peu perdue au bout du môle, la halle aux mouettes de Fructôse bénéficie d’un panorama privilégié et contemplatif sur Dunkerque et l’horizon.

Comment ressens-tu la scène de Dunkerque – et plus globalement du Nord-Pas-de Calais – par rapport à la jeune création ?

En parallèle à la vitrine du Frac pour Dunkerque, de nombreuses jeunes assos et structures liées à la création artistique génèrent une vraie énergie pour une ville de cette taille. On retrouve des structures comme les 4Ecluses, une salle de concert qui accompagne des musiciens, La Plate-Forme, espace de recherche, et Fructôse qui, toutes les trois, proposent des résidences à de jeunes artistes. C’est un vrai soutien à la scène locale. Plus globalement, le Nord-Pas-De-Calais jouit du rayonnement de la métropole Lilloise et de sa banlieue active. Roubaix, Tourcoing, Villeneuve d’Ascq regorgent de jeunes artistes et de lieux émergents. A côté de la valeur sûre du Fresnoy, et notamment le beau projet Le Blanc Des Cartes de Pauline Delwaulle réalisé pour la biennale, j’apprécie des structures comme la Malterie et Art Connexion à Lille, Welchrome à Boulogne-sur-mer ou encore le travail du duo d’artistes Galerie Rezeda. Aussi, la proximité de la frontière belge et des trois grandes capitales Bruxelles, Londres et Paris, favorise sans conteste circulations et échanges dans la région.

Des bons plans, coups de cœur à nous faire partager dans le coin ?

En parlant d’échanges avec la Belgique, mon dernier coup de cœur: la pièce ‘Toi et moi’ de l’artiste Belge Frederik Van Simaey lors de son expo au Frac qui était un très bel écho à l’histoire de la sculpture. Dans les bons plan, l’expo « La Grande Ourse » qui ouvre le 15 janvier à la Plate-forme avec Lasse & Russe qui est résident à Fructôse et Mélanie Vincent au Tamat à Tournai, visible jusqu’au 1er février.

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A killdozer short Film from donovan le coadou on Vimeo.

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