Alice Guittard et Quentin Spohn sont les deux lauréats 2013 des Prix de la Jeune Création – Ville de Nice / Fondation Bernar Venet (prix remis chaque année à deux jeunes artistes diplômés de la Villa Arson).

Ces deux artistes ont chacun été récompensés par une bourse, une résidence d’un an au Chantier Sang Neuf ainsi qu’une exposition à la Galerie de la Marine à Nice.

C’est dans ce contexte d’exposition que nous posons quelques questions aux deux artistes autour de leur proposition « Au Pays des Enchantements ».

Un grand décor caverneux, une merveille souterraine…


Pouvez-vous nous présenter le concept de votre exposition, ainsi que son titre onirique « Au Pays des Enchantements »?

AG&QS: Par rapport à l’exposition que nous avons réalisée, on ne peut pas vraiment dire que l’on soit parti d’un concept, et que l’on ait cherché par la suite à donner une forme à ce concept.

Alice Guittard & Quentin Spohn

Nous nous sommes plutôt questionnés sur la manière dont nous pouvions envisager une collaboration, alors même que nous avions des pratiques artistiques très distinctes.

Assez rapidement, nous nous sommes entendus sur l’idée de travailler autour du thème du paysage et de la déambulation dans un lieu qui soit à la fois un espace sensoriel où le public serait amené à être stimulé par différentes sources visuelles et auditives; et en même temps un espace propice au développement d’un imaginaire, d’une fiction résultant de notre collaboration.

Dans cette perspective, nous nous sommes intéressés à différents univers qui pourraient constituer des sources d’inspiration: le merveilleux scientifique (qui précède la science fiction), certains écrits littéraires ayant trait à des voyages imaginaires (cf. René Daumal et Jules Verne), l’iconographie fantastique ou encore certains réalisateurs (cf. Georges Méliés, Guy Maddin).

« Au Pays des Enchantements » renvoie ainsi à un territoire fictionnel, emprunt de certaines références à la fois du monde de l’art et de la culture populaire.

Aussi, on peut aussi y lire « désenchantement », qui évoquerait plutôt l’idée d’un envers du décor qui serait en quelque sorte laissé visible.

L’atmosphère créée par l’installation, la scénographie ainsi que le travail sonore et vidéo nous plonge dans un monde souterrain et obscur. Quelle est votre intention?

AG&QS: Après s’être entendus sur ces notions de paysage et de déambulation dans l’espace, nous avons cherché à « préciser », d’une certaine manière, sur quel type de paysage et d’espace nous pouvions travailler.

Après quelques recherches, notre intérêt s’est porté vers la Grotte des Ratapignata. Une grotte située sur les hauteurs de Nice au pied du Mont Chauve, autour de laquelle s’est développé un certain nombre de légendes et rumeurs; notamment en raison de la présence d’une pyramide la surplombant, la Pyramide de Falicon, qui a participé grandement à toute la mythologie qu’elle a générée.

D’une certaine façon, nous avons cherché à transposer ce monde souterrain, propice au développement de fictions, dans l’espace de la Galerie de la Marine.

Dans cet espace, le décor est interactif et pluridisciplinaire. Quel est le but recherché vis-à-vis du spectateur?

© Alice Guittard & Quentin Spohn

AG&QS: L’idée était de stimuler le spectateur de toutes parts, et que d’une certaine manière, il perde plus ou moins ses repères en déambulant dans l’espace.

Dans cette perte de repères, ce brouillage des perceptions, notre désir était aussi d’amener le spectateur à développer lui-même une fiction à partir des éléments qu’il pouvait saisir et qui pouvaient également lui échapper.

Même si nous donnons un certains nombre d’ »indices » quant aux sources d’inspiration de cette exposition, nous souhaitions aussi que le spectateur puisse lui même s’imaginer des choses, être transporté dans un univers qui lui soit propre à partir de la conception toute personnelle qu’il se faisait de l’exposition, que nous envisagions, ainsi, comme un livre ouvert.

Vous revenez sur les lieux (ndlr : la Galerie de la Marine) où vous avez été promus lauréats en 2013, là où finalement tout a commencé pour vous deux dans cette collaboration. Que ressentez-vous un an plus tard?

AG&QS: Tout d’abord, nous sommes tous les deux très satisfaits d’avoir pu mener à bien ce projet et d’avoir été encadrés et soutenus pendant toute cette année pour la préparation de l’exposition qui au départ pouvait être compliquée à envisager; notamment par rapport à ce choix de ne présenter « qu’une seule oeuvre » et que celle-ci soit une oeuvre commune, réalisée à quatre mains.

Peut-être serons nous amenés à retravailler en commun sur des projets d’installation d’ampleur, comme cela a été le cas pour la Galerie de la Marine.

Dans cette exposition, vous avez chacun apporté un peu de votre travail personnel, de vos idées. Comment s’est passé cette collaboration ?

© Alice Guittard & Quentin Spohn

AG&QS: Nous avons dès le départ pris cette décision de travailler autour d’un projet spécifique, qui serait réalisé en commun.

Après des recherches de documentation, nous nous sommes attelés à tester différentes techniques, à tenter un certain nombre d’expérimentations formelles pour traduire ce que nous avions en tête.

La récupération, en début d’année, de grands blocs de polystyrène ayant servi à la construction des chars de carnaval, a constitué une étape essentielle dans la réalisation de nos premières pièces.

Après quelques semaines de travail en commun en atelier, nous nous sommes, plus le projet évoluait, répartis entre nous différentes tâches de manière à être à la fois « dans les temps » et plus efficaces.

Le fait est que nous n’avons ainsi pas trop rencontré de difficultés pour être prêts le moment venu.

Plus d’informations

Quentin Spohn : quentin-spohn.tumblr.com