Fondé par l’association éponyme, le prix AWARE pour les artistes femmes réunit un prix pour la jeune création, et un prix d’honneur saluant des artistes aux carrières mémorables. De l’émergence artistique des années 1960-1970 à celle d’aujourd’hui, l’exposition présente ainsi ces deux générations d’artistes en dialogue.

Investissant les salons dorés de l’hôtel de Soubise, de la chambre d’apparat à la salle « Empire » du musée des Archives nationales, les huit artistes exposées en binômes inscrivent leurs œuvres dans ce décor : Marianne Mispelaëre et Tania Mouraud, Mélanie Matranga et Nil Yalter, Julie Béna et Nicola L., Violaine Lochu et Vera Molnar. Choisies indépendamment les unes des autres, les travaux se complètent pourtant de façon fortuite, entre corps absents et résonances passées. Ou peut-être est-ce le lieu qui influence notre perception et insuffle aux œuvres une toute nouvelle historicité.

Vera Molnar et Violaine Lochu, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Vera Molnar et Violaine Lochu, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Marianne Mispelaëre _Prix Aware 2018_Lechassis

Marianne Mispelaëre, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Marianne Mispelaëre, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Marianne Mispelaëre, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Marianne Mispelaëre, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Marianne Mispelaëre, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Violaine Lochu, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Violaine Lochu, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Vera Molnar, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Vera Molnar, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

D’une salle à l’autre, les meubles se transforment en socles et les vitrines en supports de création. L’espace résonne de voix. En passant la première porte, les chants cultuels regroupés sans hiérarchie par Tania Mouraud rencontrent la gestuelle délicate des œuvres de Marianne Mispelaëre : les cartes postales de Silent Slogan (2016 – en cours) tout d’abord, offrant un répertoire d’expressions militantes collectives, mais également la trace intime d’une lecture performée inscrite sur plaque de cuivre, Les femmes ou les silences de l’histoire de Michelle Perrot, exposée aux côtés des archives du musée. Dans l’installation de Mélanie Matranga, les objets du quotidien sont recréés ou réinvestis d’un récit onirique, incorporant pour l’occasion la vidéo Le chevalier d’Éon (1978) de Nil Yalter, croisant des symboliques aux histoires complexes pour évoquer la transition sexuelle au-delà d’une simple dualité. Dans Opportunity (2015), le mobilier-œuvre de Julie Béna a également une histoire qu’il nous faut deviner, en l’absence d’activation performative, contrairement à la voix mécanique et répétée de Nicola L. émergeant de sa très ironique Little TV Women (1969). Ces deux mobiliers questionnent la nature de l’objet à l’oeuvre, dialoguant directement avec l’environnement qui les entoure, tout en développant chacun un lien au corps bien différent.

La synergie fonctionne. On repartira avec une carte postale.

En s’approchant du fond des appartements, la voix de Violaine Lochu émerge, chantant avec dissonances les courbes dessinées par Vera Molnar le long des vitrines de bois. Moins qu’une collaboration, ce chant représente un échange d’une autre nature, réappropriation vocale de ces lignes graphiques comme la réplique d’un dialogue infini. Slalomant entre les langues littéraires, plastiques et musicales pour développer de nouvelles sensorialités, l’excavation langagière que réalise Violaine Lochu fait également écho aux œuvres de la première salle, mais dans un versant plus formaliste et moins politique que Tania Mouraud ou Marianne Mispelaëre. La synergie fonctionne. On repartira avec une carte postale.


L’association AWARE a pour vocation la diffusion de l’information sur les femmes artistes du XXème siècle, pour les replacer dans l’histoire de l’art et opérer un rééquilibrage nécessaire. Pour le prix, l’association nomme chaque année quatre rapporteurs-teuses, hommes et femmes, pour choisir chacun-e un duo d’artistes, nommées pour le prix AWARE et le prix d’honneur, puis les exposer et défendre leur travail. Cette année, Etienne Bernard, Bertrand Dirié, Géraldine Gourbe et Hélène Guenin furent rapporteurs-teuses et commissaires d’exposition, et les heureuses lauréates sont Violaine Lochu pour le prix, et ex-aequo Vera Molnar et Nil Yalter pour le prix d’honneur.

Exposition de Prix AWARE du 24.01.18 au 12.03.18 – Hôtel Soubise Musée des Archives nationales, Paris


 

Nicola L., Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Nicola L., Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Nicola L. et Julie Béna, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Nicola L. et Julie Béna, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Mélanie Matrange et Nil Yalter, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Mélanie Matranga et Nil Yalter, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Mélanie Matrange et Nil Yalter, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Mélanie Matranga et Nil Yalter, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Mélanie Matrange, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Mélanie Matranga, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Mélanie Matrange, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Mélanie Matranga, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Mélanie Matrange, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Mélanie Matranga, Prix AWARE 2018, musée des Archives nationales ©Victor Fajardo

Violaine Lochu, Nil Yalter et Vera Molnar, Remise du Prix AWARE 2018 ©Victor Fajardo

Violaine Lochu, Nil Yalter et Vera Molnar, Remise du Prix AWARE 2018 ©Victor Fajardo