Pierre Seinturier est un jeune artiste diplômé de l’École Nationale des Arts Décoratifs qui vit et travaille à Paris. Après une première exposition personnelle très remarquée à la Galerie du Crous fin 2012, il reçoit quelques mois plus tard le prix spécial du jury du Salon de Montrouge, ce qui lui permettra d’exposer au musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon, dans le cadre des modules Pierre Bergé-Yves Saint Laurent.


Le travail de Pierre est orienté vers l’image, avec une appétence particulière pour la peinture.

Ses ambiances sont souvent noires, même si au premier abord la représentation aspire à une certaine tranquillité.

Cela laisse à imaginer des scènes tourmentées de vieilles histoires de familles, des non-dits, des rancunes amères ou des traîtrises entre amis. L’artiste arrive à créer beaucoup de tension derrière une sérénité apparente mais qui laisse bien souvent envisager le pire.

Pierre nous emporte dans une étrangeté du quotidien, pleine de paradoxes et de frustrations, romancée dans une intrigue très cinématographique.

C’est un peu David Lynch qui se ballade près de la montagne Sainte-Victoire de Cézanne, avec Munch qui prend la photo en cachette.


Nous avons découvert tes travaux lors de ton exposition personnelle à la Galerie du Crous en 2012. Depuis ton style semble avoir évolué. De ton point de vue c’est plutôt de la maturité acquise à force de produire des travaux ou une volonté de ta part de renouveler ta peinture?

Les deux je pense. A force de travail il est normal de développer de nouvelles envies et de se lancer de nouveaux défis (on fait souvent un pas en arrière – en considérant et remaniant ce qu’on a déjà produit – et deux pas en avant – en testant des nouvelles choses).

Le renouvellement est en quelque sorte involontaire car il reflète l’envie toute simple de ne pas s’ennuyer à répéter les mêmes procédés techniques. La peinture (ou le dessin) possède des possibilités de « rendu » – touche du pinceau, maigreur/épaisseur de la couche, couleur (…) – multiples et vivantes; aspects que je prends toujours en considération.

©Pierre Seinturier, courtesy collection privée

« Le coup de Grâce », ©Pierre Seinturier, courtesy collection privée

Ainsi, pour continuer à aller de l’avant, il me semble indispensable de renouveler régulièrement les médiums que j’utilise; formats, papiers, couleurs, toiles, pinceaux… Chacun de ces nouveaux facteurs apporte une touche qui lui est propre et il s’agit alors d’exploiter les capacités de chacun tout en laissant une part importante à l’imprévu.

Dans mon cas par exemple je n’ai pas envie de reproduire sur papier la même chose que sur toile  (j’ai essayé; c’était assez ennuyant); il faut alors s’adapter. Cela devient intéressant quand on a réalisé une série de grandes toiles et qu’on attaque une série de petit formats sur papier; les envies ont changé et le geste peut-être différent et apporter un souffle nouveau.
J’ai quelques idées en ce moment (de composition, d’ambiance colorée et de touche) que je n’estimais pas vraiment réalisable à l’époque (par manque de technique entre autre). Aujourd’hui je pense que c’est plus « abordable ».

Nous remarquons que beaucoup de jeunes artistes de ta génération n’utilisent plus trop la peinture, et globalement peu souvent les beaux arts pour s’exprimer.

Nous voyons souvent de jeunes talents proposer exclusivement des installations « conceptuelles » ou des vidéos, et on oublie que derrière c’est difficile pour des (jeunes) collectionneurs d’acheter ces travaux. Tu en penses quoi?

Le milieux d’étude rentre peut-être en jeu ici; j’ai passé mon diplôme aux Arts décoratifs dans la section Image Imprimée (englobant sérigraphie, gravure, illustration, peinture…); je me suis donc plutôt orienté vers l’Image.

De mon point de vue (qui n’est ni celui d’un collectionneur ni celui d’un artiste consacrant exclusivement sa production à la réalisation d’installations ou de vidéos – entre autres médiums…) j’ai eu l’impression qu’il était beaucoup plus aisé de commencer une activité artistique en proposant à la vente des pièces avec lesquelles les acheteurs puissent « vivre » relativement facilement (tous les acheteurs ne vivent pas dans 400m2) même si je n’exclus pas de proposer dans le cadre précis d’une exposition une pièce en volume ou une vidéo…

Enfin je pense que dans tous les aspects de la production (public visé, conception de l’idée, réalisation…) il ne faut jamais négliger de prendre en compte le rôle essentiel que jouent les collectionneurs/amateurs; permettant aux artistes de vendre et vivre de leur travail (dans un monde parfait…) ainsi qu’en communicant autour d’eux, ils favorisent et encouragent la poursuite de l’activité ainsi que son renouvellement.

Quelles sont tes influences?

En vrac quelques personnes dont le travail m’a intéressé: Frank Zappa, Edgar Degas, Edward Munch, Henry Darger, Peter Doig, Edward Hopper, Jerry Seinfeld, Bob Dylan, Richard Brautigan, Roald Dahl, Fargo (le film), Glen Baxter, Raymond Petitbon, Philip Guston, John Ahearn, Joel Sternfeld, William Eggleston, Stephen Shore, David Hockney, Patrick Modiano, James Thurber, Chas Addams, Gijs Frieling, Saul Leiter, Raymon Chandler, Daniel Clowes, Robert Crumb etc.

Plus d’informations

http://www.pierreseinturier.com/

http://www.galerie-vallois.com/

©Janvier 2014, Entretien exclusif réalisé pour lechassis.fr