« La première fois que j’ai rencontré Pierre Galopin, il m’a expliqué son travail quotidien, qui consiste en l’inversion des protocoles communs en peinture. Cette technique se résume, grossièrement, à appliquer deux couches de vernis sur un support (de manière générale de la toile tendue sur châssis) en inversant le principe du gras sur maigre. »

Pierre Galopin, Peintures, peinture.2015. Exposition personnelle au village, Bazouges-la-pérouse.Crédit photo: Laurent Grivet

Pierre Galopin, Peintures, peinture.2015. Exposition personnelle au village, Bazouges-la-pérouse.Crédit photo: Laurent Grivet

Pierre Galopin, L’effet Koulechov2016. Série de 5 diptyques peinture/photographie. 70 x 35 cm chaque diptyque. Vernis sur toile de lin, photographie contrecollé et encadré

Pierre Galopin, L’effet Koulechov2016. Série de 5 diptyques peinture/photographie. 70 x 35 cm chaque diptyque. Vernis sur toile de lin, photographie contrecollé et encadré

Pierre Galopin, L'effet Koulechov (4/5)Photo: autoportrait de chasse (cosa mentale).Muel, Bretagne

Pierre Galopin, L’effet Koulechov (4/5)Photo: autoportrait de chasse (cosa mentale).Muel, Bretagne

« Il en résulte des peintures riches et spontanées qui, pour paraphraser Valéry, aurait pour projet les excitations et les réactions sensibles qui n’ont pas de rôle physiologique uniforme et bien défini. Peinture qui vise donc un avenir incertain, où le rôle du peintre consiste, uniquement, à être l’outil entre des produits et la production d’une apparition de l’inédit. La peinture est une manière de penser, qui ne prend corps qu’avec elle-même. Pierre Galopin use de cette rhétorique en se débarrassant de tout choix, ou contraintes, qui pourraient freiner la surprise et la vitalité du résultat. Mais il ne s’arrête pas là. Cette production faite, qu’il qualifie lui-même de matière à penser artistique, constitue sa base pour explorer les différentes formes de (dé)monstration de la peinture. On peut alors trouver ses tableaux accrochés à côtés de meubles ou de photographies, disposés en tas dans une salle d’exposition ou simplement mis en relation en polyptyque. L’acte de peindre, qui est ici toujours bien vivant et nécessaire, devient l’essence même d’un travail sur l’observation et son agencement. Une tautologie donc, où la peinture devient formellement un outil pour parler d’ellemême, mentalement et physiquement. L’effet Koulechov, travail plus récent, met en relation images photographiques et peintures monochromes dans le but de créer une « contamination sémantique » entre ces deux médiums. Travail inspiré d’une expérience du réalisateur soviétique du même nom, la peinture devient ici une absorption de la qualité d’image de la photographie, qui à son tour se projette dans la peinture. Là aussi, la peinture est un moyen (et non un prétexte, car l’artiste se dit peintre par définition), de forcer l’image à survenir dans la peinture tout en laissant au spectateur le libre champ de son interprétation. Ce travail vient de recherches de l’artiste autour de la question de la disparition du monochrome. Tentative de réconciliation entre iconoclastes et iconophiles résume, non sans humour, la volonté du peintre de mettre à l’épreuve la représentation. L’application d’une couche épaisse de vernis brillant protège et révèle la toile sur laquelle il est appliqué. Dans le même temps, le titre nous suggère que l’image que nous sommes supposés regarder est notre reflet. Jouant ainsi sur les deux tableaux, la peinture représente le spectateur en même temps qu’elle se représente elle-même. »

Marylène Boxent

Pierre Galopin, 130 x 162 cm et meubles.2015, dimensions variables. Vernis sur toile de lin, tables gigognes

Pierre Galopin, 130 x 162 cm et meubles.2015, dimensions variables. Vernis sur toile de lin, tables gigognes

Pierre Galopin, Tentative de réconciliation entre iconoclaste et iconophile.2015, 130 x 162 cm. Prise de vue: exposition génération, galerie Fatiha Selam, Paris

Pierre Galopin, Tentative de réconciliation entre iconoclaste et iconophile.2015, 130 x 162 cm. Prise de vue: exposition génération, galerie Fatiha Selam, Paris

Pierre Galopin, Variations aléatoires contrôlées.2015. Série de 5 peintures. 130 x 162 cm chaque.

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